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Le dépistage organisé du cancer du côlon-rectum

Les raisons du programme de dépistage organisé du cancer du côlon-rectum

Le cancer colorectal est une affection fréquente et grave.

En France métropolitaine, le cancer du côlon-rectum est l’un des cancers les plus fréquents (36 000 cas en 2000) avec les cancers du sein, de la prostate et du poumon.

Chez l’homme, il se situe en troisième position après les cancers de la prostate et du poumon ; et chez la femme en deuxième position après le cancer du sein.

Après le cancer du poumon, il est la deuxième cause de décès par cancer (16 000 décès en 2000).

L’histoire naturelle de la maladie est suffisamment lente et connue.

La phase de développement des polypes adénomateux demande une dizaine d’années avant la transformation d’une partie d’entre eux en cancer.

De plus, la phase pré-clinique du cancer colorectal est suffisamment longue pour dépister des lésions qui saignent en deux temps, d’abord par la réalisation du test Hémoccult II®, puis par coloscopie de diagnostic en cas de positivité.

Des moyens diagnostiques et thérapeutiques sont disponibles, permettant une augmentation significative des taux de survie des personnes dépistées, évaluées d’après les études disponibles entre 20 et 40 %.

La survie dépend de différents facteurs pronostiques comme le stade du cancer, l’atteinte ganglionnaire, la présence de métastases, la précocité du traitement.

Il existe un examen de dépistage à un stade précoce.

La recherche de sang occulte dans les selles par test Hémoccult II® permet d’identifier parmi les personnes en bonne santé, celles qui présentent un risque de polypes ou de cancer à un stade cliniquement inapparent. L’examen de dépistage est suffisamment performant s’il est réalisé dans les conditions requises, comme le recueil et le nombre des échantillons de selles pour leur analyse, le renouvellement régulier de l’examen, la qualité de l’interprétation au niveau du centre de lecture.

Le test Hémoccult II® doit être sensible, spécifique et avoir une forte valeur prédictive.

La sensibilité du test Hémoccult II® se situe à environ 50 %, sa spécificité entre 96 % et 99 %, et sa valeur prédictive positive à 40 % pour une lésion néoplasique (cancer ou adénome) : 10 % pour les cancers et 30 % pour les adénomes.

En population générale, la performance d’un test dépend plus de la prévalence de la maladie et de la spécificité que de la sensibilité.

En effet, la valeur prédictive positive (VPP) du test Hémoccult II® est de 11 % avec une sensibilité à 50 % et une spécificité à 98 %.

Si la sensibilité passe de 50 % à 80 % avec une spécificité inchangée, la VPP du cancer passe de 11 % à 16,7 %.

Si la sensibilité reste à 50 % et la spécificité baisse de 98 % à 90 %, la VPP du cancer passe de 11 % à 2,5 %.

Malgré une sensibilité moyenne, le dépistage par Hémoccult II® est considéré actuellement comme l’examen de référence de par la combinaison d’autres qualités : simple à réaliser, acceptable, peu coûteux, reproductible.

Le test de dépistage offre un bon compromis entre sensibilité (dépister le plus grand nombre possible de personnes atteintes) et spécificité (éviter les coloscopies inutiles aux personnes indemnes de lésions néoplasiques).

Des nouveaux tests de dépistage sont actuellement expérimentés visant à améliorer la sensibilité tout en conservant l’excellent niveau de spécificité du test Hémoccult II®.

Le test Hémoccult II®, simple à effectuer, est bien accepté, et facilement répété à intervalles réguliers.

La simplicité de réalisation du test à domicile et son innocuité lui confèrent une bonne acceptabilité et une bonne tolérance, ce qui facilite sa répétition tous les 2 ans. Cependant, une certaine anxiété peut être liée à la peur du résultat. Une information claire et une explication sur l’examen, les résultats et les bénéfices attendus peuvent aider à surmonter ces difficultés.

L’efficacité du programme de dépistage organisé : la réduction de la mortalité et la réduction des traitements lourds.

L’analyse de plusieurs programmes de dépistage organisé des cancers du côlon-rectum converge vers un résultat : la réduction significative de la mortalité par cancer colorectal chez les personnes de 50 à 74 ans, quand on propose un dépistage organisé. Cette réduction atteint 30 % à 40 % chez les personnes dépistées. Avec une participation de 50 % de la population âgées de 50 à 74 ans, la réduction attendue est de l’ordre du 15 à 20% en population générale. Les indicateurs d’efficacité seront mesurés dans un premier temps sur la précocité du diagnostic.

La détection de cancer colorectal à un stade précoce permet d’éviter des traitements lourds par chimiothérapie.

Les bénéfices du dépistage compensent les inconvénients engendrés par :

  • les faux négatifs : le test  Hémoccult II® ne détecte pas tous les cancers au moment où il est pratiqué, d’autant plus si ces derniers ne saignent pas au moment du prélèvement de selles ;
  • les faux positifs : après un dépistage par Hémoccult II®, chez environ 2 à 3 % des personnes des investigations complémentaires sont recommandées, alors qu’une petite proportion d’entre elles a effectivement un cancer (10 % des coloscopies) ou un polype (30 % des coloscopies).

Les bénéfices du programme compensent les coûts

La généralisation du dépistage organisé du cancer colorectal en France prévue courant 2007 et 2008 est l’expression d’une politique de santé où les bénéfices en termes d’années de vie gagnées et de qualité de vie sont considérés comme supérieurs aux coûts globaux (financiers, économiques, sociaux, psychologiques, familiaux…).

La participation élevée au dépistage organisé se traduit par des bénéfices importants et une réduction des coûts par personne invitée, par personne dépistée et par cancer détecté, à condition que les procédures de qualité soient bien respectées pour réduire au mieux les inconvénients.

Faciliter l’accès au dépistage organisé des personnes de 50 à 74 ans améliore leur participation au dispositif. Ainsi, l’implication active des médecins traitants est essentielle pour informer, sensibiliser, inciter, accompagner leurs consultants concernés vers le dépistage. La gratuité du dépistage et l’envoi systématique et régulier des invitations font partie des facteurs d’incitation à passer et renouveler le test par Hémoccult II®.

L’engagement des partenaires garantit la pérennité de l’action de santé et la répétition des dépistages à intervalles réguliers. Cette régularité est garantie par l’implication des professionnels et l’engagement financier des institutions et d’autres partenaires du programme. Le bénéfice social et économique est d’autant plus grand que le programme est pérennisé.

L’information et l’éducation pour la santé contribuent à augmenter la participation au dépistage. Le Comité départemental des cancers dispose de visiteurs de santé publique qui rencontrent les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les associations en contact avec les personnes concernées pour que ces derniers les aident à surmonter les obstacles humains, psychologiques, socioculturels à la démarche de dépistage.