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Témoignages de professionnels

Le dépistage organisé du cancer du côlon-rectum
Pr. Robert Benamouzig
Chef de service de gastro-entérologie à l’hôpital Avicenne de Bobigny

Le dépistage organisé du cancer du côlon-rectum est un projet essentiel. Il s’agit d’une vision de santé publique relativement neuve même si elle remonte à une
quinzaine d’années. Le déploiement dans le département de Seine-Saint-Denis a été lent mais il s’est construit de façon solide. Beaucoup d’efforts ont été consacrés à la mise en oeuvre du dispositif et les résultats attendus sont importants. La qualité des résultats obtenus permettra de juger de l’efficacité du montage juridique retenu.

Quelle est la place du gastro-entérologue dans le dispositif ?

Elle est essentielle. C’est le gastro-entérologue qui assure l’acte final (la coloscopie) et qui, avec la qualité du geste réalisé, garantit l’efficacité du dispositif. Le dépistage organisé du cancer du côlon-rectum est un outil de santé publique dont l’effet structurant doit permettre à tous les acteurs de s’impliquer dans le dispositif.

Comment les actions du médecin généraliste, du gastro-entérologue et du Comité départemental des cancers 93 peuvent-elles être complémentaires pour assurer une meilleure efficacité en termes de participation au dépistage et contribuer au recul de la mortalité ?

En tissant des liens de confiance entre les acteurs autour de la réalisation d’un résultat positif : par des réunions de travail, par l’échange de résultats, par le sentiment partagé que chacun des protagonistes joue un rôle également important dans la chaîne. Il faut travailler à renforcer la cohérence entre les gestionnaires et les acteurs de terrain. Pour cela il faut avancer pas à pas mais l’importance de l’objectif en termes de santé publique justifie la collaboration.

Quel message voudriez-vous transmettre à vos confrères généralistes et gastro-entérologues pour leur donner envie d'adhérer au programme mis en place dans le département de Seine-Saint-Denis ?

Le dépistage organisé a déjà permis de diagnostiquer à un stade précoce un grand nombre de cancers colorectaux et de guérir des patients qui seraient certainement décédés sans le bénéfice de cette action qui a été menée en commun et qui doit encore se développer. Des aménagements aussi bien médicaux que techniques vont intervenir afin d’améliorer les résultats attendus : par exemple une meilleure coordination des effecteurs ou l’arrivée d’un nouveau test. Sur ce dernier point, l’introduction des tests à lecture automatique permettra de rendre des résultats aussi fiables et encore plus performants, en termes de sensibilité et de spécificité.

Le dépistage dans la pratique quotidienne
Dr Dominique Deutsch,
Médecin généraliste à Bondy

Dans votre pratique quotidienne, vous vous êtes engagé dans le dépistage du côlon-rectum avant même son organisation par le Comité départemental des cancers. Pourquoi ?

Je me suis engagé précocement dans le dépistage du cancer colorectal car je crois que la médecine de prévention fait vraiment partie de la médecine générale. Je suis donc entré il y a quelques années dans une association qui préconisait l’emploi de l’Hémoccult® pour la recherche du cancer colorectal, mais qui n’a pas continué faute de financement renouvelé. Je suis donc ravi de la politique de prévention menée par le CdC93.

Avez-vous modifié votre pratique depuis l'instauration du dépistage organisé du cancer du côlon-rectum ?

J’essaie de le proposer à tous les patients âgés de 50 à 75 ans habitant en Seine-
Saint-Denis. Mais comme ce n’est jamais le motif de leur consultation, il m’arrive parfois d’oublier d’en parler. C’est pourquoi j’ai affiché une note sur la porte de mon bureau qui invite ces patients à évoquer spontanément le test gratuit de dépistage du cancer colorectal.

Quel rôle le médecin traitant doit-il jouer pour faciliter l'adhésion des consultants au dépistage organisé du cancer du côlon-rectum ?

Le médecin généraliste a un rôle très complémentaire de celui du médecin de santé publique. Le patient reçoit un document d’invitation au dépistage du cancer colorectal qui l’inquiète souvent, le procédé semblant assez lourd. Le médecin généraliste lui explique simplement les choses et le rassure en insistant particulièrement sur la facilité de réalisation du test.

Quels sont les principaux points sur lesquels vous insistez auprès de vos patients pour les convaincre de participer ?

J’essaie de faire passer deux idées essentielles :

- plus le cancer colorectal est diagnostiqué rapidement, meilleures sont les chances de guérison ;

- le dépistage est simple, indolore et exempt de complications.

En quoi les actions du médecin généraliste et du CdC93 vous apparaissent-elles complémentaires pour accroître la participation au dépistage et pour lutter contre le cancer du côlon-rectum ?

Le médecin généraliste doit soutenir l’action du CdC93 auprès de ses patients. Le taux de participation doit être le plus élevé possible afin de vraiment faire reculer le taux de mortalité du cancer colorectal dans la population générale, comme cela est déjà arrivé dans les pays où la médecine de prévention est bien développée.

Quel message voudriez-vous transmettre à vos confrères pour leur donner envie d'adhérer au programme de dépistage organisé ?

La médecine générale libérale va profondément changer dans les années à venir, avec une augmentation forte des actes de prévention. Il est très valorisant pour un médecin de diagnostiquer précocement un cancer chez un patient et de savoir que l’on a vraiment été utile à ce malade.

La lecture des tests Hémoccult® colorectal dans les prochaines années
Dr Jean-Pierre Carrau
Directeur du laboratoire de lecture des Hémoccult II®

L’activité du laboratoire de la CPAM de Paris couvre principalement 3 domaines :

- la réalisation de la partie biologique des examens périodiques de santé de l’adulte et de l’enfant proposés par la Sécurité Sociale ;

- la réalisation d’analyses biologiques pour des patients de ville et de dispensaire ;

- la lecture des tests Hémoccult® pour la région Île-de-France (actuellement 400 tests sont réalisés chaque jour).

Quels éléments mettez-vous en avant pour illustrer la qualité de l'interprétation des tests ?

Être reconnu Centre de Lecture Hémoccult® (CLH) implique le respect d’un cahier des charges précis et rigoureux avec notamment des obligations portant sur

- les locaux :
des pièces de surface importante sont dédiées uniquement à cette activité, avec une ventilation et un éclairage type « lumière du jour » ;

- le personnel :
une formation spéciale dans un centre agréé portant sur l’épidémiologie et la technique concerne l’ensemble des techniciens et des biologistes ;

- la réalisation :
une lecture en double des tests est effectuée par deux techniciens ;

- l’assurance qualité :
nous assurons un suivi hebdomadaire et mensuel des statistiques des tests ininterprétables et positifs, sachant qu’un taux de positivité trop élevé peut entraîner une rupture de contrat.

Comment vous organisez-vous pour garantir les délais entre la réception des tests et l’envoi des résultats ?

Le cahier des charges fixe des normes en termes de personnel technique qui permettent de traiter les tests le jour de leur réception (obligation du cahier des charges). Techniciens, biologistes et secrétaires se relaient pour répondre à ces exigences.

Quel message voudriez-vous transmettre à vos confrères médecins traitants ?

Le respect rigoureux du cahier des charges et l’importance des moyens déployés permettent de réduire les inconvénients d’une méthode de lecture non automatisable. La participation des médecins à la distribution et à l’explication du test est essentielle pour une bonne adhésion et une bonne observance des sujets candidats au dépistage. Ces deux conditions réunies devraient permettre une participation importante et de qualité, nous laissant espérer une diminution très significative des décès dus au cancer colorectal dans les prochaines années.

Le site d’éligibilité des patients au dépistage organisé
Dr Didier Stordeur
Médecin généraliste à Bondy

L'accès au site neonetidf.org n'est pas compliqué si un raccourci est placé sur le bureau de l'ordinateur. Par contre il exige de rentrer le numéro de sécurité sociale du patient ainsi éventuellement que sa date de naissance. Cela ne devrait plus être nécessaire lorsque que le service sera accessible par le portail Téléservice Assurance Maladie qui lit directement la carte Vitale du patient.

Quels sont ses avantages ?

Il n’y a plus de carnet à souche à remplir et finalement il suffit d'un clic pour enregistrer la remise du test au patient.

Et ses inconvénients ?

Parfois un patient est réputé non éligible au test sans qu'il soit possible de savoir pourquoi.

Pensez-vous que ce site contribue à aider les médecins dans leur exercice ?

L'expérience est positive mais elle doit encore être améliorée grâce à l'interfaçage avec les logiciels médicaux pour que la trace de la remise du test et celle du résultat puissent être automatiquement conservées. Le plus difficile dans ces dépistages c'est de savoir si le patient a déjà effectué le test, si il l'a accepté mais pas fait ou si il n'a pas encore été sollicité.

Pensez-vous que ce site contribue à accroître la participation des consultants au dépis-tage organisé du cancer du côlon-rectum ?

Je pense qu'il apporte une simplification certaine de la démarche et donc qu’il devrait séduire plus de médecins.

Que pourriez-vous conseiller à un confrère qui n’utilise pas aujourd’hui le site neonetidf.org ?

Faire l'essai bien sûr, en ne s'arrêtant pas à une ou deux fois tentatives avant de juger.