Structures collectives : où se déroulent les dépistages organisés dans le 93 ?

Avant de dresser la carte des métiers engagés, il est utile de comprendre ce que recouvrent les « structures collectives ». Dans le département, le dépistage organisé s’appuie essentiellement sur :

  • Les centres municipaux de santé (CMS) : présents dans la majorité des villes du 93, ils proposent soins de proximité et prévention à tous, quel que soit le statut social.
  • Les centres d’examens de santé (CES) de l’Assurance Maladie (exemple : Bobigny, Epinay-sur-Seine), spécialisés dans la prévention et l’accès à un bilan de santé gratuit.
  • Les établissements de santé publics et privés (hôpitaux, cliniques), dont les unités de prévention et services de consultations spécialisées.
  • Les centres de planning familial et PMI : notamment impliqués dans la prévention et le dépistage du cancer du col de l’utérus.
  • Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP), parfois impliquées dans des actions coordonnées autour des dépistages.

Infirmiers et infirmières : un pivot du dépistage dans les structures collectives

Le rôle des infirmiers s’est considérablement élargi ces dernières années. Dans le dépistage :

  • Ils réalisent les prélèvements (comme le test immunologique de dépistage du cancer colorectal, remis et expliqué en centre d’examen de santé ou CMS).
  • Ils accompagnent la personne dans la compréhension des démarches : explication du test, vérification de l’éligibilité, orientation vers le médecin si besoin.
  • Ils peuvent participer à la vaccination contre le papillomavirus (HPV), action recommandée pour prévenir le cancer du col de l’utérus.
  • Dans le cadre d’actions mobiles ou collectives (bus de dépistage, événements associatifs), ils sont souvent au premier contact, rassurent et informent.

Leur place s’est accrue avec la crise sanitaire : selon l’Ordre national des infirmiers, 80 % des infirmiers estiment être de plus en plus sollicités pour des missions de prévention et de dépistage (source : ONI, 2022).

Médecins généralistes : garants du parcours, présents en structures collectives

Le médecin généraliste en structure collective (CMS, CES, hôpital) demeure un pilier :

  • Prescription et interprétation : il prescrit ou remet les tests (ex. : test de dépistage colorectal, frottis du col utérin), explique les résultats, coordonne les suites si nécessaire.
  • Consultations spécifiques de dépistage : certains CMS organisent des journées dédiées (par exemple, “Octobre Rose”), où le généraliste reçoit spécifiquement pour dépistage du sein ou du col.
  • Accès facilité pour les publics précaires : en structure collective, le médecin peut lutter contre le renoncement aux soins, qui concerne encore jusqu’à 16 % des personnes en situation de pauvreté en Seine-Saint-Denis (source : Observatoire des inégalités, 2022).

Le médecin adapte son approche : explication accessible, prise en compte du contexte linguistique, orientation sociale si besoin.

Sages-femmes : actrices centrales du dépistage chez les femmes

Missiez-vous que les sages-femmes peuvent réaliser les frottis de dépistage du col de l’utérus, y compris hors suivi de grossesse ? Dans le département, elles interviennent :

  • En centres de santé, PMI, centres de planification familiale, où elles proposent le dépistage dès 25 ans et jusqu’à 65 ans, conformément aux recommandations de l’INCa (Institut National du Cancer).
  • Pour la vaccination HPV et l’information auprès des jeunes femmes et adolescentes.
  • Dans des missions de prévention collective lors d’ateliers de sensibilisation ou de consultations dédiées, notamment pour toucher les jeunes adultes migrantes, public particulièrement à risque de non-recours au dépistage (source : Santé Publique France, 2022).

Ce rôle, souvent sous-estimé par le grand public, est pourtant décisif : la sage-femme, par son positionnement de proximité, permet un accès précoce au dépistage et à l’information sur les risques liés aux cancers gynécologiques.

Mammographistes et manipulateurs radio : la technique au service du dépistage

Le dépistage du cancer du sein dans le cadre du programme national implique une étape technique : la mammographie. Dans le 93, cette mission revient :

  • Aux manipulateurs en électroradiologie médicale : ils réalisent l’examen technique, rassurent, expliquent, veillent à la qualité des images.
  • Aux radiologues référents qui interprètent les clichés et s’assurent du suivi du dossier (lecture double systématique en dépistage organisé).

Un chiffre : en 2022, plus de 52 400 femmes ont été invitées à réaliser leur dépistage dans le département (source : CRCDC-IDF). Or, de nombreux centres de radiologie sont intégrés à des structures collectives (hôpitaux, CMS avec plateau technique), ce qui facilite la coordination et l’accompagnement, notamment pour les personnes fragiles.

Les acteurs de terrain méconnus : médiateurs de santé, assistants sociaux, intervenants associatifs

La spécificité de la Seine-Saint-Denis tient aussi à la pluralité des relais mobilisés :

  • Médiateurs en santé : souvent issus du même quartier ou parlant une langue commune avec les usagers, ils facilitent l’accès à l’information, organisent des séances d’information collective, accompagnent physiquement les personnes vers la structure si besoin.
  • Assistants sociaux : ils repèrent les freins sociaux et administratifs, débloquent des solutions (transport, droits, prise en charge), aident à la prise de rendez-vous.
  • Intervenants associatifs : certaines associations du 93, parfois issues de collectifs communautaires, vont au-devant des personnes éloignées du système de santé via des ateliers, stands d’information ou bus de dépistage mobile.

Ces professionnels, parfois non-sanitaires mais formés à la prévention, sont auxquels on doit une partie du succès des campagnes de dépistage dans les quartiers « prioritaires ». Par exemple, lors d’une campagne menée à Saint-Denis en 2023, la présence de médiateurs a permis d’augmenter de 40 % la participation au dépistage organisé du sein dans certaines copropriétés (source : ARS Île-de-France).

Coordination et travail en réseau : la clé pour améliorer la couverture du dépistage

L’efficacité du dépistage en structures collectives dépend de la synergie entre tous ces acteurs. Plusieurs dispositifs facilitent le travail en réseau :

  • Coordination départementale via le CRCDC-IDF : le Centre Régional de Coordination des Dépistages des Cancers Île-de-France pilote et soutient les actions territorialisées, notamment par la formation et l’accompagnement des professionnels.
  • Réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), présentes dans les grands hôpitaux, permettant d’assurer un relais rapide du dépistage au diagnostic et à la prise en charge.
  • Actions communes lors de mois de campagne nationale (Mars Bleu, Octobre Rose…), où les CMS travaillent de concert avec les associations et les structures hospitalières.

La diversité des métiers et la complémentarité des compétences favorisent l’adaptation aux besoins locaux, aux barrières linguistiques ou administratives, et garantissent que le dépistage n’est pas qu’une affaire de technique, mais bien d’attention humaine pour chacun.

Perspectives : demain, de nouveaux professionnels engagés ?

Les évolutions des lois de santé publique et la volonté de réduire les inégalités laissent entrevoir l’arrivée de nouveaux profils dans ce paysage : infirmiers en pratique avancée (IPA), pharmaciens autorisés à remettre certains tests (expérimentations en cours), nouveaux professionnels de l’éducation thérapeutique.

Le travail collectif reste le socle. Le 93 met ainsi en valeur une dynamique unique, nourrie par l’expertise médicale mais aussi l’engagement social et associatif, qui ne cesse de se renforcer pour que chacun ait réellement accès à la prévention, sans distinction.

Pour aller plus loin :

En savoir plus à ce sujet :