Les chiffres clés du cancer chez les hommes en Seine-Saint-Denis

Le cancer demeure la première cause de mortalité prématurée chez les hommes en France. Selon l’INCa (Institut National du Cancer), dans le département de la Seine-Saint-Denis, environ 3 500 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque année, dont près de 60 % chez les hommes. La mortalité y est plus élevée que la moyenne nationale, exacerbée par des retards de diagnostic : ainsi, l’estimation pour le cancer du poumon – particulièrement fréquent chez les hommes – fait état d’une survie à 5 ans inférieure de près de 10 % à la moyenne nationale (source : Observatoire régional de santé Ile-de-France).

  • Cancers les plus fréquents chez les hommes : prostate, poumon, côlon-rectum.
  • Mortalité évitable liée au cancer : plus de 30 % des décès liés au cancer chez l’homme pourraient être évités grâce au dépistage précoce et à la prévention (Santé publique France).
  • Facteurs exacerbants : tabac, alcool, précarité, suivi médical irrégulier.

Existe-t-il des campagnes de dépistage spécifiquement dédiées aux hommes ?

Les campagnes nationales de dépistage organisées pour le cancer concernent à ce jour principalement trois localisations : le sein, le côlon-rectum, et le col de l’utérus. Parmi elles, seul le dépistage du cancer colorectal s’adresse également aux hommes dans la tranche d’âge recommandée (50-74 ans). Il n’existe pas, à l’échelle nationale, de campagne organisée de dépistage pour le cancer de la prostate ou du poumon, deux cancers pourtant prédominants chez l’homme.

  • Cancer colorectal : dépistage organisé hommes/femmes, invitation tous les deux ans via un kit remis par le médecin ou envoyé à domicile. Taux de participation en Seine-Saint-Denis : environ 24 % pour les hommes, alors que l’objectif national est de 45 % (source : Assurance Maladie, 2023).
  • Cancer de la prostate : pas de dépistage organisé en France en raison des controverses sur le bénéfice/risque du dosage du PSA systématique. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande un dépistage individuel, après information, pour les hommes présentant des facteurs de risque.
  • Cancer du poumon : pas de dépistage organisé, mais des études pilotes sont en cours dans certaines régions depuis 2023 pour évaluer l’impact d’un dépistage par scanner faible dose chez les fumeurs ou ex-fumeurs importants (source : INCa).

Les campagnes locales : actions ciblées ou génériques ?

En Seine-Saint-Denis, certains dispositifs sont pensés pour toucher le public masculin, sans toujours revêtir un caractère « exclusif » réservé aux hommes. Les campagnes sont souvent mixtes ou intégrées à des opérations de prévention plus larges.

  • Marches de la santé, forums, journées « sport et santé » : ces manifestations incluent régulièrement des stands d’information sur le cancer de la prostate ou du testicule, spécifiquement tournés vers les hommes. Mais la participation reste modérée, et la plupart des stands concernent les publics mixtes.
  • Associations locales comme le Comité Départemental de la Ligue contre le Cancer 93 : elles réalisent des actions ciblées, notamment lors du « Mois Sans Tabac » ou de Movember, avec des animations et des dépistages gratuits pour les hommes à risque.
  • Centres d’examens de santé : proposent des bilans de santé gratuits avec orientation vers le dépistage du cancer colorectal hommes/femmes, sensibilisation au risque de cancer de la prostate et du poumon auprès des usagers masculins.
  • Mouvements éphémères type Movember : Plusieurs municipalités du 93 relaient chaque année cette initiative mondiale de prévention autour des cancers masculins (prostate, testicule), via campagnes d’affichage, ateliers en entreprise et sensibilisation dans les lieux publics.

Cependant, rares sont les campagnes récurrentes réservées uniquement au public masculin. La création de dispositifs sur-mesure reste limitée par manque de moyens, et parfois par des questions éthiques ou scientifiques (notamment le dépistage systématique du cancer de la prostate).

Quels sont les freins spécifiques au dépistage chez les hommes en Seine-Saint-Denis ?

Les freins au dépistage chez les hommes sont multiples, et exacerbés dans le département :

  • Tabou autour de l’intimité masculine : beaucoup d’hommes hésitent à parler de symptômes génito-urinaires, par pudeur ou par crainte du diagnostic.
  • Peur de la maladie : la peur du cancer ou des traitements entraîne parfois un report, voire un refus, du dépistage.
  • Moindre suivi médical : les hommes consultent moins que les femmes, surtout entre 20 et 50 ans (source : Drees 2022). Le dépistage est donc moins souvent proposé par leur médecin traitant.
  • Précarité sociale, barrières linguistiques et accès réduit à l’information : le territoire est marqué par de fortes inégalités socioéconomiques. Certains hommes (issus de l’immigration, sans couverture maladie, travailleurs précaires) sont particulièrement éloignés des dispositifs.
  • Difficultés d’accès aux soins : déserts médicaux, délais pour obtenir un rendez-vous… La Seine-Saint-Denis compte environ moitié moins de spécialistes par habitant que Paris intra-muros.

Autres cancers masculins : testicule, pénis… un dépistage pertinent ?

Le cancer du testicule touche surtout des hommes jeunes (moins de 40 ans), avec un pic de fréquence entre 25 et 35 ans. Il représente environ 1 à 1,5 % de l’ensemble des cancers masculins. En Seine-Saint-Denis, il n’existe pas de programme de dépistage organisé, mais des actions ponctuelles de sensibilisation (notamment pendant Movember ou lors de consultations de médecine générale dans les PMI ou centres de santé). Le pronostic de ce cancer est excellent si le diagnostic est précoce, d’où l’importance de l’autopalpation et d’une consultation rapide en cas d’anomalie.

Le cancer du pénis, plus rare, est aussi majoritairement dépisté lors de consultations opportunistes, souvent à l’occasion du suivi d’autres pathologies urologiques. Dans les faits, il n’existe pas de campagnes spécifiques en Seine-Saint-Denis.

Quelles perspectives d’amélioration sur le territoire ?

Plusieurs axes d’amélioration sont à l’étude ou en discussion :

  • Déploiement du dépistage ciblé du cancer du poumon : à partir de 2024, des expérimentations sont en cours dans certains départements prioritaires. Jardinées par l’INCa, elles pourraient s’étendre à la Seine-Saint-Denis si les premiers résultats sont positifs.
  • Renforcement de la mobilisation autour du dépistage colorectal : sensibiliser, inviter et accompagner les hommes à réaliser le test, avec l’appui des pharmaciens et des acteurs associatifs locaux.
  • Formation des professionnels de santé : les médecins généralistes du 93 sont régulièrement alertés et formés autour des cancers masculins, notamment pour aborder sans tabou les facteurs de risque et inciter les hommes à consulter en prévention.
  • Développement des actions de proximité : interventions en milieu professionnel (ateliers en entreprise, dans les chantiers du BTP, transports, etc.), interventions dans les clubs sportifs ou les lieux fréquentés par un public masculin.
  • Information multilingue et médiation en santé : adapter les campagnes aux réalités linguistiques et culturelles du département pour toucher les hommes concernés mais peu présents dans les circuits classiques du soin.

Campagnes de dépistage masculin à l’avenir : à quoi s’attendre ?

Le débat autour du dépistage organisé du cancer de la prostate est loin d’être clos. La HAS et l’INCa restent prudentes, mais encouragent un dépistage individuel concerté chez les hommes à partir de 50 ans (dès 45 ans en cas d’antécédent familial). Pour le cancer du poumon, le projet de généralisation du dépistage chez les sujets à risque pourrait rapidement changer la donne en Seine-Saint-Denis.

Les campagnes ciblées sur le public masculin en Seine-Saint-Denis restent encore trop limitées pour répondre aux besoins d’un territoire où les hommes paient un lourd tribut au cancer. Toutefois, la mobilisation progresse, les associations innovent, et la sensibilisation évolue. Pour les hommes du 93, rester attentifs à ces dispositifs, en parler autour de soi, et ne pas hésiter à consulter à la moindre alerte, c’est déjà franchir un pas important vers la santé.

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