Quel est le profil des hommes en EHPAD en Seine-Saint-Denis ?

Le département de la Seine-Saint-Denis compte près de 80 EHPAD, hébergeant environ 7 000 résidents dont une proportion notable d’hommes, bien que les femmes demeurent majoritaires du fait de leur espérance de vie supérieure (source : ARS Île-de-France). La majorité de ces hommes ont plus de 80 ans, présentent plusieurs pathologies chroniques (cardiopathies, diabète, troubles cognitifs) et sont en situation de dépendance modérée à sévère selon les évaluations AGGIR. À noter : comparé à d’autres départements franciliens, la Seine-Saint-Denis est marquée par une entrée en institution à un âge relativement jeune, souvent sous la pression de situations médicales ou sociales complexes.

  • Âge moyen d’entrée en EHPAD en France : environ 85 ans, mais plus précoce en Seine-Saint-Denis (source : DREES).
  • Taux de dépendance élevée (GIR 1-2) : près de 55 % des résidents en Seine-Saint-Denis (source : CNSA).

Cette fragilité a une conséquence directe sur la prise en charge globale, dont le dépistage du cancer n’est souvent qu’une dimension parmi d’autres.

Dépistages organisés : quels cancers sont concernés pour les hommes ?

Il existe en France trois dépistages organisés de cancers reconnus d’intérêt collectif par la HAS, avec des recommandations précises d’âge et de fréquence :

  • Cancer colorectal : Entre 50 et 74 ans (test immunologique tous les deux ans).
  • Cancer du poumon : Un programme-pilote est en expérimentation, non généralisé à ce jour.
  • Cancer de la prostate : Pas de dépistage organisé, décision individuelle après échange avec le médecin traitant.

Autrement dit, la plupart des résidents en EHPAD, notamment ceux de plus de 75 ans, ne sont plus concernés par les campagnes systématiques de dépistage organisées par l’Assurance maladie. Pour autant, cela ne signifie pas que la prévention ou la détection n’a plus d’intérêt : tout dépend de l’espérance de vie, du niveau d’autonomie, et du projet de soins personnalisé.

Le dépistage en EHPAD : où se situe la Seine-Saint-Denis ?

Les études montrent que le taux de réalisation des dépistages organisés chute brutalement chez les plus de 75 ans et en EHPAD. Une enquête menée par Santé publique France en 2022 observait que moins de 10 % des hommes vivant en Ehpad avaient bénéficié d’un dépistage du cancer colorectal dans la tranche d’âge recommandée, contre près de 40 % pour les hommes du même âge vivant à domicile.

Les raisons de ce décrochage sont multiples, mais plusieurs éléments sont aggravés en Seine-Saint-Denis :

  • Une population résidente plus précaire, entraînant des retards de diagnostic initiaux.
  • Des EHPAD sous tension, parfois moins dotés en ressources médicales.
  • Un accès au médecin traitant parfois irrégulier, la plupart des soins relevant du médecin coordonnateur et de l’équipe infirmière (Santé publique France).
  • Des réticences liées à la perception de la qualité de vie en fin de vie, tant chez les soignants que les familles.

Dépister, oui, mais dans quel but ? La question éthique

Le débat sur le dépistage des cancers chez les personnes âgées — et plus encore en EHPAD — dépasse la simple application des protocoles. Il interroge sur le sens du dépistage chez une personne dont l’espérance de vie est parfois limitée, la qualité de vie fragile et la capacité à supporter d’éventuels traitements incertaine.

  • Éviter les situations de surdiagnostic : Découvrir un cancer lentement évolutif (comme certains cancers de la prostate) chez un homme très âgé n’apportera pas toujours un bénéfice, alors que le parcours diagnostic voire thérapeutique peut être très lourd.
  • Prise de décision partagée : Toute démarche de dépistage doit être discutée au cas par cas, avec le résident (si possible), la famille et l’équipe soignante.
  • Priorité au projet de vie : Le dépistage ne doit jamais être systématique ni imposé, mais s’inscrire dans une réflexion globale sur le confort et la volonté de la personne.

La Haute Autorité de Santé précise que les campagnes de dépistage après 74 ans n’ont pas démontré de bénéfice en termes de population, mais peuvent encore se discuter individuellement (HAS).

Quels sont les freins spécifiques en EHPAD du 93 ?

En Seine-Saint-Denis, certains obstacles sont propres au territoire ou à l’organisation des établissements :

  • Manque de mobilité : Oraganiser un test de dépistage ou un examen diagnostique (coloscopie, scanner) est souvent très complexe en EHPAD, avec nécessité d’un transport adapté, coordination médicale, etc.
  • Manque de sensibilisation des équipes et des familles : La communication reste un maillon faible. Beaucoup ignorent encore les indications, bénéfices et risques des différents dépistages selon l’âge et l’état de santé.
  • Des antécédents migratoires : La population âgée masculine en EHPAD du 93 compte une part élevée de personnes immigrées, avec parfois des difficultés linguistiques ou une moindre familiarité avec le système de santé français, influant sur les choix autour du dépistage.
  • Pression de l’urgence médicale : Les questions aiguës (gestion de la douleur, infections, chutes) prennent souvent le pas sur la prévention, dans des contextes de sous-effectif chronique.

Des initiatives et bonnes pratiques : que disent les retours d’expérience ?

Certains EHPAD, notamment en Seine-Saint-Denis, ont travaillé avec les équipes mobiles de soins palliatifs ou les réseaux territoriaux de cancérologie pour repenser le dépistage comme un acte individualisé :

  • Formations à l'approche palliative : Pour les soignants, afin de distinguer quand le dépistage pourrait encore avoir du sens.
  • Démarches de coordination : Des projets de soins personnalisés incluant systématiquement la question du dépistage et de la prévention lors de l’admission ou du renouvellement du contrat de séjour.
  • Groupes de parole avec les familles : Pour permettre une meilleure information et éviter des décisions par défaut (« on ne fait rien » ou « on fait tout »).

Une enquête menée en 2023 par le réseau Oncorif a retrouvé que 10 à 15 % des projets de soins en EHPAD comportaient une réflexion documentée sur la question du dépistage du cancer. Ce n’est certes qu’une minorité, mais le mouvement est amorcé, avec des effets bénéfiques sur la qualité de la décision médicale partagée.

L’importance de l’information pour agir à bon escient

Face à la tentation de « tout arrêter » après un certain âge, il est crucial que les résidents, les familles et les équipes soignantes disposent d’informations justes, actualisées et nuancées :

  • Un résident d’EHPAD de moins de 75 ans, en état général correct, sans pathologie invalidante, peut tout à fait bénéficier d’un dépistage du cancer colorectal.
  • Au-delà de l’âge butoir, la décision revient à la discussion individuelle : rien n’interdit d’envisager un dépistage, surtout si l’histoire de vie, les antécédents familiaux ou le souhait du patient penchent en ce sens.
  • La qualité de vie avant tout : certains résidents refuseront de subir des investigations lourdes pour des cancers à faible évolution, et ce choix doit être respecté.

Le département du 93, avec sa diversité et ses fragilités, illustre à la fois les limites de l’approche « tout ou rien » et la nécessité d’un accompagnement sur-mesure, loin des automatismes.

À retenir pour les familles, proches et professionnels

  • Le dépistage du cancer chez les hommes en EHPAD n’est pas la norme, mais il n’est pas un sujet tabou : il dépend de nombreux facteurs médicaux et personnels.
  • Le dialogue fait la différence : Interrogez l’équipe soignante ou le médecin coordonnateur, partagez vos inquiétudes ou attentes lors de la réunion de projet de vie.
  • Une vigilance sur les signaux d’alerte : Plus important que le dépistage systématique, rester attentif à l’apparition de symptômes inhabituels (modification du transit, perte de poids inexpliquée, douleurs persistantes), et échanger rapidement avec un professionnel compétent.

L’information, l’écoute et l’accompagnement permettent de redonner du sens à la prévention en EHPAD, dans une démarche qui respecte le rythme, les besoins et la dignité de chaque homme âgé dans notre département.

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