Le dépistage du cancer du sein : en quoi consiste-t-il ?

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes en France, représentant environ 33 % des nouveaux cas chaque année (Institut National du Cancer). Un dépistage précoce permet une prise en charge plus efficace et augmente sensiblement les chances de guérison. En France, le dépistage organisé concerne toutes les femmes de 50 à 74 ans, sans symptôme ni facteur de risque particulier, et repose sur la réalisation régulière d’une mammographie, complétée si besoin par une échographie.

En Seine-Saint-Denis (93), ce dispositif existe comme partout en France mais fait face à des particularités territoriales : un département jeune, socialement hétérogène, parfois confronté à des difficultés d’accès aux soins – autant de défis à relever pour assurer la protection de toutes.

Les grandes étapes du dépistage organisé dans le 93

Pour mieux comprendre le déroulement du dépistage, voici les principales étapes qui jalonnent ce parcours, du courrier d’invitation jusqu’à la restitution des résultats et l’éventuelle prise en charge médicale.

  • 1. L’invitation personnelle : Toutes les femmes concernées reçoivent, tous les deux ans, un courrier du Centre Régional de Coordination des Dépistages des Cancers (CRCDC Île-de-France). Ce courrier est envoyé au domicile et précise les modalités pour accéder gratuitement à l’examen.
  • 2. La prise de rendez-vous : Le courrier contient la liste des centres agréés de radiologie, en ville ou à l’hôpital, dans le département. Il est possible de choisir librement le lieu, sans prescription préalable.
  • 3. La réalisation de la mammographie : L’examen est réalisé par un ou une manipulatrice en électroradiologie ; puis les images sont interprétées par un ou une radiologue.
  • 4. La double lecture systématique : Dans le cadre du dépistage organisé, tous les clichés “normaux” font l'objet d'une seconde lecture indépendante par un autre radiologue, pour limiter le risque d’erreur de diagnostic (HAS).
  • 5. La transmission des résultats : Les résultats sont envoyés à la patiente et, si elle en exprime le souhait, à son médecin traitant. En cas d’anomalie, un bilan complémentaire est proposé rapidement.

Ce processus est entièrement gratuit pour la patiente, financé par l’Assurance Maladie.

Particularités du dépistage en Seine-Saint-Denis

Des chiffres révélateurs

En 2021, le taux de participation au dépistage organisé du cancer du sein s’élevait à 37 % en Seine-Saint-Denis, contre 50,6 % pour la moyenne nationale (INCa). Ce chiffre, bien qu’en nette augmentation depuis dix ans, reste l’un des plus faibles de France métropolitaine.

Quelques facteurs explicatifs :

  • Une population plus jeune que la moyenne nationale : la tranche d’âge concernée est proportionnellement moins nombreuse.
  • Un taux de rotation résidentielle élevé et des difficultés de mise à jour des adresses.
  • Des inégalités sociales et d’accès aux soins persistant dans les quartiers prioritaires.
  • Des barrières linguistiques et culturelles pour certains groupes.

Une offre de soins adaptée… mais parfois sous tension

Le 93 compte une quarantaine de sites agréés pour le dépistage, dont plusieurs hôpitaux publics (Avicenne à Bobigny, Jean-Verdier à Bondy…) et de nombreux cabinets privés répartis sur le territoire. Cependant, certains secteurs du département restent relativement sous-dotés, ce qui peut compliquer la prise de rendez-vous rapide, notamment lors de “pics” d’activité.

  • Dans certaines situations, des unités mobiles de sénologie ou des opérations de dépistage ponctuel sont organisées, en lien avec des associations locales ou les Maisons de quartier.
  • Le département compte aussi une vingtaine de centres d’accueil et de santé (CAS) permettant un dépistage facilité pour les personnes sans couverture maladie ou en situation de précarité.

Le déroulement pratique : comment concrètement se passe-t-il ?

Le jour du rendez-vous, la prise en charge est standardisée pour garantir un maximum de sécurité et de fiabilité. Voici à quoi s’attendre :

  1. Accueil et explications : la patiente est reçue par un·e manipulateur·trice en électroradiologie qui explique le déroulement de l’examen, répond aux questions et s’assure de recueillir tout antécédent médical pertinent.
  2. Réalisation de la mammographie : deux clichés de chaque sein sont généralement réalisés. L’examen dure quelques minutes, il peut être inconfortable mais n’est pas censé être douloureux : en cas de gêne, il est important de le signaler.
  3. Première lecture : le ou la radiologue analyse les images, puis les clichés sont transmis, anonymisés, à un second radiologue pour la double lecture systématique.
  4. Résultats : ils sont transmis par courrier dans un délai moyen de 15 jours. Lorsque le résultat est normal, la patiente est invitée à reprendre un rendez-vous deux ans plus tard. Si une anomalie est suspectée (dans moins de 7 % des cas), des examens complémentaires (échographie, biopsie…) seront programmés rapidement.

Ce dispositif permet de détecter jusqu’à 80 % des cancers du sein à un stade précoce, selon l’Institut Curie.

L’importance du relais local et de l’accompagnement

L’un des leviers pour améliorer le dépistage en Seine-Saint-Denis réside dans le travail du tissu local : professionnels de santé, associations, dispositifs communaux… Plusieurs structures jouent un rôle clé pour accompagner, traduire ou orienter.

  • Permanences d’information santé : organisées dans de nombreuses communes (maisons de santé, centres sociaux), elles permettent de poser toutes les questions, d’être aidé pour prendre rendez-vous, ou d’obtenir un accompagnement (ex. : mairie de Saint-Denis, centres municipaux de santé d’Aubervilliers…).
  • Médiateurs santé : présents dans certains quartiers, ils peuvent expliquer la démarche et lever les doutes à propos de l’examen.
  • Associations de patientes : comme “Toutes en Seines-Saint-Denis”, “Vivre Comme Avant”, ou la Ligue contre le Cancer : relais précieux pour accompagner celles qui hésitent ou redoutent l’annonce d’une anomalie.

Ce maillage local est essentiel : on sait aujourd’hui qu’un contact de confiance avec un professionnel ou un pair double la probabilité d’accepter le dépistage (Observatoire Région Île-de-France Santé).

Questions fréquentes et idées reçues

  • “Je n’ai pas de symptômes, suis-je vraiment concernée ?” Oui ! La quasi-totalité des cancers dépistés à temps sont asymptomatiques. Le but du dépistage est précisément de repérer les anomalies le plus tôt possible, avant l’apparition des signes cliniques.
  • “La mammographie est-elle dangereuse ?” Les doses de rayons utilisées sont faibles. Le bénéfice du dépistage, en termes de vies sauvées, est jugé très supérieur au risque lié à l’irradiation (HAS).
  • “J’ai déjà eu une mammographie, suis-je concernée ?” Même si une mammographie a été réalisée récemment, il est important de suivre la périodicité proposée par le programme organisé pour garantir une surveillance régulière.
  • “J’ai plus de 74 ans, que faire ?” Après 74 ans, le dépistage n’est plus organisé de façon systématique, mais il est possible de continuer à effectuer des mammographies sur prescription médicale.

Comment faciliter le dépistage pour toutes ?

La Seine-Saint-Denis a été le berceau d’expérimentations originales pour réduire les inégalités d’accès :

  • Des campagnes de communication multilingues locales, pour sensibiliser sur les marchés, dans les mosquées ou églises, via des supports en plusieurs langues.
  • Un travail avec les pharmacies d’officine, qui peuvent relayer l’information et même prendre rendez-vous pour les femmes sans internet.
  • Des navettes municipales (parfois gratuites) pour acheminer les femmes jusqu’aux centres de dépistage affiliés.

Il reste cependant de nombreux défis à relever, notamment pour intégrer les femmes en situation de handicap, les travailleuses précaires, ou les femmes isolées. Chaque commune, chaque structure s’adapte selon ses réalités.

L’essentiel : Prévenir, informer, accompagner

Le dépistage organisé du cancer du sein en Seine-Saint-Denis poursuit un objectif clair : permettre à toutes les femmes du 93 de bénéficier du même niveau de protection, quel que soit leur quartier, leur situation ou leur histoire personnelle. Si les obstacles restent réels, la mobilisation du réseau local, le dialogue sans tabou et la volonté d’innover ouvrent chaque année la voie à de nouveaux progrès.

S’informer, c’est déjà se protéger. Et tout commence, souvent, par une question ou un rendez-vous de dépistage.

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