Le dépistage organisé des cancers : un pilier de la prévention

La prévention des cancers, c’est d’abord dépister tôt. En France, le dépistage organisé concerne trois cancers : le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer du col de l’utérus. Il s’agit d’un programme gratuit, coordonné au niveau national, offrant à certaines tranches d'âge (et selon les recommandations officielles) une chance de détecter plus précocement la maladie, parfois sans symptômes apparents. À la clé : des traitements plus simples, un taux de guérison plus élevé et l’espoir d’un impact fort sur la mortalité.

Pourtant, l’un des grands défis en santé publique, c’est la participation réelle à ces campagnes. En France, malgré l’accessibilité du dispositif, la couverture reste perfectible – d’autant plus dans certains territoires, comme en Seine-Saint-Denis (93).

Quels sont les taux de participation au dépistage dans le 93 ?

Le département de la Seine-Saint-Denis affiche des taux de participation nettement inférieurs à la moyenne nationale, quel que soit le dépistage concerné. Voici les chiffres-clés issus des données de Santé publique France, de la CNAM et du CRCDC Île-de-France :

Cancer Âge cible Taux de participation 93 (2022) Taux national (2022)
Cancer du sein 50-74 ans 38,2 % 50,6 %
Cancer colorectal 50-74 ans 19,8 % 34,3 %
Cancer du col de l'utérus 25-65 ans 41,5 % (dépistage organisé et individuel cumulés) 58 % (estimation)

Sources : Santé publique France ; HAS ; CRCDC Île-de-France, Rapport activité 2023.

Pourquoi le 93 est-il à la traîne ? Les explications concrètes

Les écarts de participation de la Seine-Saint-Denis s’expliquent par une combinaison de facteurs, souvent liés à la réalité sociale, culturelle et territoriale du département :

  • Situation socio-économique : Le 93 fait face à un taux de pauvreté parmi les plus élevés de France (28,6 % des habitants sous le seuil de pauvreté, contre 14,4 % en moyenne nationale – Source : INSEE 2023). Les populations précaires participent moins au dépistage, priorisant d’autres urgences du quotidien.
  • Barrière linguistique et culturelle : Seine-Saint-Denis est le département le plus cosmopolite de France. Un quart de la population est étrangère, avec parfois un accès difficile à l’information en français ou une méconnaissance du système de santé.
  • Méfiance et inégalités d’accès : Les inégalités d’accès aux soins pèsent lourd. S’ajoute parfois une forme de méfiance ou de lassitude envers les démarches administratives et médicales, amplifiée par la complexité des invitations et du parcours de dépistage.
  • Difficultés logistiques : Manque de temps, indisponibilité des professionnels, problème de transport : autant d’obstacles qui peuvent freiner le passage à l’acte.
  • Stéréotypes et tabous : Parler de cancer, faire des examens intimes ou ressentir de la gêne… beaucoup de freins psychologiques persistent, notamment pour le test de dépistage du cancer colorectal ou les frottis du col de l’utérus.

Des disparités territoriales majeures : Zoom sur l’Île-de-France

À l’échelle francilienne, la Seine-Saint-Denis est régulièrement lanterne rouge des départements pour la participation au dépistage. En comparaison :

  • Cancer du sein : Les Hauts-de-Seine affichaient 56,8 % de participation, Paris 52,7 % (2022).
  • Cancer colorectal : 29,5 % dans le Val-de-Marne, 32,2 % dans les Yvelines (2022).

Plutôt que l’Île-de-France devienne un “moteur” pour la prévention, ces écarts rappellent que la proximité géographique avec les grands hôpitaux ou l’offre médicale ne réduit pas d’emblée les inégalités en santé.

Les conséquences concrètes des faibles taux de dépistage

  • Retards de diagnostic : Le cancer est souvent découvert à un stade plus avancé lorsqu’il n’a pas été dépisté, ce qui diminue les chances de guérison et augmente la lourdeur des traitements.
  • Surmortalité évitable : Chaque année en France, la moitié des cancers du sein et un tiers des cancers colorectaux pourraient être évités ou détectés plus tôt grâce au dépistage (INCa).
  • Inégalités persistantes : Les habitants du 93 payent un lourd tribut aux inégalités, qui se traduisent par une espérance de vie plus courte et des complications de santé aggravées.

Quel impact de la pandémie ?

La crise Covid-19 a fortement aggravé la situation en 2020-2021 : lors du premier confinement, la participation au dépistage du cancer du sein a chuté de plus de 60 % en Île-de-France d’avril à juin 2020 (données Santé publique France). Les effets “rattrapage” observés en 2021 et 2022 n’ont pas compensé ce retard dans le 93, où la baisse de mobilisation a été plus longue à résorber.

Quelles solutions ? Des expériences locales qui portent leurs fruits

Face à ce constat préoccupant, plusieurs leviers peuvent améliorer la participation au dépistage en Seine-Saint-Denis :

  • Actions de proximité : Les campagnes de dépistage itinérant, avec des “mammobiles” (camions de mammographie stationnés sur les marchés ou dans les quartiers), facilitent l’accès pour celles qui n’ont pas l’habitude d’aller chez le radiologue ou qui craignent les démarches administratives.
  • Rôle clé des relais communautaires : Associations, médiatrices santé, agents de collectivité qui parlent la langue et connaissent les habitudes du quartier permettent de lever les peurs et d’expliquer concrètement les enjeux du dépistage.
  • Auto-prélèvement : Depuis 2020, pour le dépistage du cancer du col, l’auto-prélèvement vaginal en laboratoire, accompagné d’explications adaptées, offre une solution à celles qui hésitaient à se rendre en consultation.
  • Mobilisation des médecins traitants et pharmaciens : Les professionnels de santé locaux, en expliquant les bénéfices du dépistage, jouent un rôle de “prescripteur” de la prévention. Là où leurs messages sont personnalisés et répétés, la participation progresse.

On retiendra, par exemple, que la campagne “Octobre rose” gagne en impact lorsqu’elle s’appuie sur des animations dans les quartiers, des séances d’information en plusieurs langues, ou le témoignage de femmes ayant elles-mêmes vécu les difficultés du dépistage : la proximité et l’identification sont alors de puissants moteurs d’action.

Des pistes en évolution pour rapprocher la Seine-Saint-Denis de la moyenne nationale

Même si la participation remonte lentement, la Seine-Saint-Denis est aussi un territoire d’innovation sociale et médicale. Test de “dépistage colorectal dans la rue” auprès de publics éloignés, campagnes en milieu scolaire pour le cancer du col, partenariat avec des structures d’insertion… Les dispositifs se veulent plus inclusifs.

Ce que montrent toutes les études, c’est qu’il ne suffit pas d’inviter systématiquement les habitants à se dépister pour voir les chiffres remonter : il faut aller vers les personnes, adapter le message, simplifier les démarches, travailler avec les acteurs locaux, et lever tous les petits freins du quotidien.

Ce qu’il faut retenir de la situation du 93 face au dépistage

  • Les taux de participation au dépistage organisé restent inférieurs à la moyenne nationale en Seine-Saint-Denis, parfois de moitié pour le dépistage colorectal.
  • Les écarts s’expliquent par un ensemble de facteurs (socio-économiques, culturels, logistiques et psychologiques) qui agissent de façon cumulative.
  • Améliorer la participation passe par l’action de terrain et la personnalisation de l’information : aller vers, écouter, rassurer, proposer des solutions concrètes et adaptées.
  • L’enjeu est collectif : réduire ces inégalités de prévention, c’est aussi améliorer la santé de l’ensemble du territoire et donner à chacun plus de chances face au cancer.

S’informer, c’est déjà un premier pas. Pour recevoir une invitation au dépistage, comprendre les modalités, bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel de santé ou d’un relais associatif, il existe aujourd’hui de nombreuses ressources locales mobilisées pour que chacun puisse se protéger.

Sources principales :

En savoir plus à ce sujet :