Le cancer chez les hommes : une réalité largement sous-estimée

En France, les hommes paient encore un lourd tribut au cancer : selon Santé Publique France, ils représentent près de 57% des décès par cancer chaque année (Santé Publique France). Malgré cela, la perception du risque est souvent plus floue chez les hommes que chez les femmes. Plusieurs cancers – comme la prostate, le poumon, le côlon ou encore les testicules – concernent tout particulièrement la population masculine. Et pourtant, beaucoup d’hommes ne s’identifient pas comme étant spécialement « à risque » ou concernés par la prévention. Pourquoi ? Comment l’expliquer ? Le manque d’information joue-t-il un rôle dans ces inégalités ?

Des chiffres encore préoccupants, des comportements qui interpellent

  • Près de 1 homme sur 2 sera confronté à un cancer au cours de sa vie (INCa).
  • Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez l’homme : plus de 50 000 nouveaux cas par an en France (INCa, panorama 2023).
  • Le cancer du poumon représente le premier cancer mortel chez les hommes français, bien avant la prostate ou le côlon.
  • En 2023, l'écart de mortalité entre hommes et femmes pour l’ensemble des cancers reste marqué (60 100 décès masculins contre 42 700 féminins selon l’INCa).

Pourtant, selon une enquête Harris Interactive (2022), moins de 40% des hommes se sentent bien informés sur les cancers qui les concernent spécifiquement. Les comportements de prévention tels que le dépistage sont également moins suivis : 32% des hommes déclarent n’avoir jamais échangé avec un professionnel de santé sur le cancer, hors tabac (Harris Interactive).

Pourquoi l’information circule-t-elle mal auprès des hommes ?

Plusieurs facteurs influencent le déficit d’information des hommes sur le cancer. Certains tiennent à la société, d’autres à la façon dont la santé masculine est envisagée.

Tabous et perceptions autour de la santé masculine

  • Malaise à parler de certains organes : Prostate, testicules, rectum... La gêne à évoquer ces parties du corps, y compris en consultation, retarde l’accès à l’information, limite les questions et retarde parfois le diagnostic.
  • Idées reçues sur la virilité : L’injonction à la force, à la maîtrise de soi et à la résistance à la douleur conduit trop souvent à négliger des symptômes ou à éviter les dépistages « par peur de l’inutile » ou de passer pour « faible ».
  • Peu de relais de communication dédiés : Si des campagnes ciblent les cancers du sein ou du col de l’utérus, il reste moins de supports grand public dédiés à l’information sur les cancers masculins, notamment pour les jeunes hommes.

Une perception du risque décalée

  • Âge sous-estimé du risque : Nombreux sont ceux qui pensent qu’avant 50 ans, ils ne sont pas concernés, alors que certains cancers (testicule, côlon) peuvent toucher plus tôt.
  • Connaissances lacunaires sur les facteurs de risque : Les dangers du tabac, de l’alcool, de l’alimentation, de la sédentarité, du surpoids ou de l’exposition professionnelle ne sont pas toujours reliés à des conséquences concrètes (source : Ligue contre le cancer).

Cancers masculins : quels sont ceux qui touchent le plus les hommes ?

L’information sur les cancers masculins doit se concentrer sur certains types de cancers. Voici les plus répandus :

Cancer Nombre de nouveaux cas/an Tranche d’âge la plus touchée Dépistage recommandé ?
Prostate ~50 400 +50 ans Sur indication médicale individuelle (pas de dépistage de masse)
Poumon ~30 500 (hommes) 45-75 ans Recommandé pour les fumeurs à haut risque (programme "Cascade")
Côlon-rectum ~23 000 (hommes) +50 ans Oui, test de dépistage organisé (45-74 ans)
Testicule ~2 700 20-35 ans Auto-surveillance, pas de dépistage systématique

Ces cancers montrent à quel point chaque tranche d'âge est concernée. Le testicule touche davantage les jeunes adultes, la prostate et le côlon les hommes d’âge mûr. Cela implique de penser la prévention tout au long de la vie.

Quels lieux et moments pour s’informer ? Des freins à lever

L’accès à l’information dépend non seulement de sa disponibilité mais aussi de sa capacité à rejoindre les personnes concernées, là où elles vivent, travaillent, échangent. Trop souvent, les hommes n’identifient pas d’espaces où poser librement des questions sur leur santé, en particulier sur des sujets perçus comme délicats.

  • Consultation médicale : Le moment du bilan annuel ou d’une consultation liée à un autre motif devrait ouvrir l’espace pour aborder la question du cancer, mais il est souvent court ou orienté vers d’autres sujets.
  • Pharmacie : Un lieu de passage où les conseils de prévention restent, pour le moment, sous-exploités dans la prévention masculine.
  • Travail : Les actions de santé au travail proposent parfois des campagnes de prévention, mais leur couverture varie beaucoup selon les entreprises ou secteurs.
  • Famille et entourage : Si la parole circule peu sur la santé masculine, la famille peut jouer un rôle essentiel… à condition de lever les tabous.
  • Associations, collectivités locales : Elles offrent de plus en plus d’ateliers, de groupes de parole, de rencontres, souvent sous-estimés ou encore mal identifiés par les hommes.

Quels leviers pour mieux informer – et protéger – les hommes ?

Adapter les messages, varier les approches

  • Utiliser des supports visuels, des histoires vécues ou des témoignages d'autres hommes peut aider à briser la glace et rendre l’information plus concrète.
  • Sensibiliser dès le plus jeune âge, notamment dans les institutions scolaires ou sportives, pour changer l’image de la santé masculine.
  • Associer les proches (partenaires, amis, collègues) à la communication sur la prévention.

La Testosterone Foundation (USA) a récemment testé des vidéos humoristiques sur le dépistage testiculaire avec un franc succès auprès des moins de 35 ans – preuve de l’impact des formats adaptés à la cible (source : Testicular Cancer Foundation).

Former les professionnels à ouvrir la discussion

Les soignants sont parfois aussi gênés que leurs patients d’aborder le cancer chez l’homme. Favoriser des formations pour aider à « oser » la question, même si ce n’est pas le motif principal de la consultation, est un axe clé pour améliorer la prévention précoce.

Mieux faire connaître les dispositifs utiles

  • Dépistage cancer colorectal : Prise en charge à 100 % pour les 50-74 ans, test facile à réaliser chez soi (disponible sans ordonnance à la pharmacie depuis le 1er avril 2024).
  • Examens de santé gratuits : Proposés par l’Assurance Maladie tous les cinq ans pour les personnes de 16 à 64 ans.
  • Ligne téléphonique Cancer Info de l’INCa : 0805 123 124, gratuite et confidentielle.
  • Ateliers d’échanges avec des associations locales : Plusieurs collectifs en Seine-Saint-Denis proposent des informations ciblées sur les cancers masculins.

Les particularités des hommes en Seine-Saint-Denis

Dans notre département, les habitudes culturelles, la précarité, et les difficultés d’accès aux soins aggravent la méconnaissance et creusent les inégalités face au cancer. Plus de 13% des hommes renoncent au moins une fois par an à un soin pour raison financière. L’exposition professionnelle à des cancérogènes (particulièrement dans le bâtiment, la logistique, l’automobile) est aussi plus fréquente (INVS 2020).

Des initiatives de santé publique, comme les bus de prévention présents dans le 93 ou les campagnes mobiles dans les quartiers, constituent des leviers essentiels. Mais pour être efficaces, elles ont besoin d’un relais d’informations au plus près des habitants.

Des nouvelles questions pour demain

La santé masculine évolue avec la société. Les enjeux émergents, comme l’impact des perturbateurs endocriniens, la vaccination HPV pour les garçons ou la prévention du cancer du poumon avec de nouveaux traitements, imposent de renouveler sans cesse l’information. Parler de cancer chez l’homme, ce n’est pas regarder vers le passé, mais s’ouvrir aux nouveaux défis de santé, dès aujourd’hui.

Pour aller plus loin

  • e-cancer.fr – INCa, actualités et guides complets sur le dépistage
  • Ligue contre le cancer – Informations patients, forums et rencontres
  • ameli.fr – Prise en charge des dépistages
  • Movember – Mouvement international autour de la santé masculine

Être informé, c’est déjà agir. À chacun de s’emparer des ressources pour se protéger et protéger ses proches, sans tabou, sans attendre – car la prévention commence souvent par une simple question posée, ou entendue.

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