Les cancers digestifs : de quoi parle-t-on ?

Parmi les différents types de cancers, ceux qui touchent le tube digestif (œsophage, estomac, foie, pancréas, côlon, rectum) représentent une part importante des nouveaux cas en France chaque année. Selon Santé publique France, le cancer colorectal est le troisième cancer le plus fréquent et la deuxième cause de décès par cancer (Santé publique France). Ce constat est d’autant plus préoccupant dans les départements comme la Seine-Saint-Denis, où les inégalités sociales et l’accès aux soins sont des enjeux majeurs.

Les cancers digestifs sont évitables dans une certaine mesure. L’environnement, l’hygiène de vie et le suivi médical sont des leviers importants pour réduire les risques.

L’importance d’une alimentation adaptée pour toute la famille

Les choix alimentaires du quotidien font partie des premières mesures de prévention. Un régime pauvre en fibres, riche en viandes rouges ou transformées et en sucres rapides favorise le développement de certains cancers digestifs, notamment celui du côlon et du rectum (INCa, 2022).

  • Augmenter la consommation de fruits, légumes et fibres : Les fibres alimentaires, présentes dans les légumes (chou, haricots verts, brocoli…), les fruits frais, les légumineuses et les céréales complètes, réduisent le risque de cancer colorectal (source : INCa). L’Organisation mondiale de la santé recommande au moins 400g de fruits et légumes par jour.
  • Limiter la viande rouge et charcuteries : Plus de 500 g de viande rouge cuite par semaine et une consommation quotidienne de charcuterie augmentent clairement le risque de cancer digestif. La charcuterie est classée comme cancérigène avéré pour l’homme (Groupe 1, CIRC).
  • Eviter les produits transformés et limiter le sucre : Les boissons sucrées et aliments très transformés sont à consommer occasionnellement.

Pour les familles en Seine-Saint-Denis, où l’accès à une alimentation saine peut être entravé par le coût ou le manque d’offre, privilégier les marchés locaux, les AMAP ou les paniers solidaires peut permettre d’acheter des aliments frais à prix réduits. L’association ANDES recense les épiceries solidaires du département.

Lutte contre la sédentarité : bouger, même en ville

L’activité physique, même modérée, joue un rôle protecteur reconnu contre les cancers digestifs, particulièrement le cancer colorectal. Selon l’INCa, chaque heure quotidienne passée à marcher réduit de 2 à 4% le risque de développer un cancer du côlon (INCa).

  • Marcher ou faire du vélo au quotidien : monter les escaliers, descendre un arrêt plus tôt, privilégier les trajets à pied ou en vélo pour les petites distances.
  • Participer aux initiatives municipales : de nombreuses villes du 93 proposent des créneaux gratuits de sport, des parcours de santé en plein air, l’accès à la piscine à prix réduit ou des associations sportives à tarifs solidaires.
  • Limiter le temps immobile : devant la télévision, l’ordinateur, ou le téléphone portable. Chez l’enfant comme l’adulte, une pause active toutes les heures est bénéfique.

Pas besoin de pratiquer un sport de haut niveau : 30 minutes de marche rapide cinq jours par semaine suffisent déjà à agir sur la prévention (OMS).

L’impact du tabac et de l’alcool : des facteurs à surveiller en famille

Tabac et alcool sont deux facteurs majeurs de risques pour les cancers digestifs, au-delà du fait qu’ils favorisent nombre d’autres pathologies. Le tabac augmente le risque de cancer de l'œsophage, de l’estomac, du pancréas et du foie. L’alcool est impliqué dans environ 16 000 décès par cancer chaque année (INSERM).

  • Zéro alcool pour la santé : contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de quantité « bénéfique ». La seule consommation sans risque pour le cancer est l’absence totale d’alcool (INCa, 2023).
  • Alerter sur le tabagisme, y compris le tabagisme passif, dès l’enfance : chez les jeunes, retarder autant que possible l’âge de la première cigarette réduit très clairement le risque futur. La maison doit rester un environnement sans tabac.
  • Encourager et accompagner l’arrêt : de nombreux dispositifs gratuits existent, y compris pour les parents (Tabac info service, consultations de tabacologie, groupes de soutien locaux).

Le rôle précieux du dépistage organisé et individuel

Le dépistage permet de repérer tôt les cancers colorectaux. Le programme proposé en France cible les 50-74 ans (test immunologique à réaliser tous les deux ans, envoyé par la Sécurité sociale). Pourtant, en Seine-Saint-Denis, la participation est plus faible qu’au niveau national : moins de 25% des personnes concernées effectuent ce test, contre 34% en France (source : Assurance Maladie, 2023). La méconnaissance, la peur ou les difficultés d’accès sont souvent en cause.

  • Le test simple et indolore : sans rendez-vous préalable, à faire chez soi. Il ne nécessite pas de régime spécial. Demandez à votre médecin traitant, pharmacien ou à une infirmière du quartier.
  • En parler en famille et autour de soi : le dépistage n’est pas un sujet tabou. Il peut sauver des vies.
  • Repérer les situations à risque particulier : antécédent personnel ou familial de cancer ou de polypes du côlon, maladies inflammatoires chroniques (MICI), syndromes génétiques. Dans ces cas, l’avis du médecin est indispensable pour adapter le suivi.

Un cancer dépisté tôt est guéri dans 9 cas sur 10 (INCa).

Identifier les signaux d’alerte au quotidien

La prévention, c’est aussi apprendre à reconnaître des signaux qui doivent rapidement amener à consulter. Dans le cas des cancers digestifs, certains symptômes justifient un avis médical, surtout s’ils persistent plus de quelques semaines :

  • Sang dans les selles ou saignements inexpliqués ;
  • Modification récente et persistante du transit intestinal ;
  • Perte de poids involontaire ; 
  • Douleurs abdominales inhabituelles ; 
  • Fatigue intense, sans cause évidente.

Souvent, ces signes ont une origine bénigne, mais il est important de ne pas attendre ou de banaliser.

Zoom sur les freins locaux et pistes pour les lever

Les familles de la Seine-Saint-Denis font face à des obstacles spécifiques : difficultés d’accès à un médecin traitant, barrières linguistiques, précarité, manque d’information pratique. Pourtant, des dispositifs existent :

  • Centres de santé municipaux et PMI : accessibles sans dépassement, souvent avec des équipes multilingues
  • Relais santé (CPTS, associations locales) : permanences d’information, ateliers collectifs autour de l’alimentation et de la santé.
  • Traducteurs et médiateurs santé : n’hésitez pas à solliciter le service d’interprétariat dans les structures de santé.

S’informer, oser questionner son professionnel, demander de l’aide ou faire appel à une association : autant de démarches qui permettent d’agir concrètement, même dans des contextes parfois complexes.

Une dynamique familiale : chaque geste compte

Prévenir les cancers digestifs, ce n’est pas une question de « bonne résolution » scindée de la vie réelle. C’est un enchaînement de petits choix quotidiens : mettre des légumes dans l’assiette du soir, sortir marcher en famille, éviter d’introduire l’alcool à la maison, ouvrir la discussion sur les antécédents familiaux, faire du dépistage un rendez-vous annuel normal. Chaque membre de la famille, adulte ou enfant, peut impulser ce mouvement, qui profite à tous.

Pour aller plus loin, des ressources fiables sont disponibles :

La prévention est toujours collective, jamais un combat isolé. En s’entourant, en se documentant et en partageant l’information, chaque famille de la Seine-Saint-Denis peut avancer, à son rythme, vers un quotidien plus protecteur – pour soi, et pour les siens.

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