Pourquoi parler d’endoscopie digestive dans le cadre du dépistage ?

En Seine-Saint-Denis, où les inégalités d’accès à la santé sont marquées (l’espérance de vie y est inférieure à la moyenne nationale, selon l’INSEE), les cancers digestifs restent un enjeu majeur de prévention. Les cancers du côlon-rectum, de l’estomac ou de l’œsophage représentent une part importante des nouveaux diagnostics de cancer chaque année. Or, le dépistage permet d’identifier précocement des anomalies, et parfois d’intervenir avant que le cancer ne se développe véritablement. L’endoscopie digestive fait partie de ces outils, mais son indication doit être bien comprise : elle n’est pas proposée systématiquement comme le test de dépistage par selles (test immunologique, ou FIT) mais dans certaines situations bien précises.

L’endoscopie digestive, de quoi parle-t-on exactement ?

L’endoscopie digestive regroupe deux grands examens :

  • La coloscopie : elle explore l’intérieur du côlon et du rectum, à l’aide d’un tube souple muni d’une caméra. Elle permet de repérer et parfois d’enlever des polypes, qui peuvent être des lésions précancéreuses.
  • La fibroscopie œso-gastro-duodénale (OGD) : elle examine l’œsophage, l’estomac et le duodénum. Elle est parfois appelée gastroscopie.

Ces actes sont réalisés par des spécialistes (gastroentérologues) et permettent à la fois de visualiser les muqueuses, de faire des prélèvements (biopsies) et d’agir quand cela est possible.

Le dépistage organisé du cancer colorectal : dans quels cas va-t-on jusqu’à l’endoscopie ?

En France, le dépistage organisé du cancer colorectal cible les personnes entre 50 et 74 ans, sans symptôme particulier ni antécédent familial majeur. On commence par un test immunologique sur un prélèvement de selles, à domicile, tous les deux ans : ce test détecte la présence de sang invisible à l’œil nu.

Voici le schéma classique :

  • Test négatif : on recontrôle dans deux ans.
  • Test positif : une coloscopie est proposée dans un délai de six semaines, afin de rechercher l’origine du saignement (polype, adénome, cancer, inflammation…).

Dans la plupart des cas, les personnes participantes au programme national reçoivent un courrier depuis l’Assurance Maladie ou leur médecin traitant. En Seine-Saint-Denis, le taux de participation à ce dépistage reste faible (moins de 28% en 2021, selon Santé Publique France), alors que le taux national avoisine 34%. Cela signifie que plusieurs milliers de Seine-et-Dionysiens passent à côté d’un diagnostic précoce potentiellement salvateur chaque année.

Quels signes doivent conduire à demander une endoscopie digestive en dehors du dépistage systématique ?

L’endoscopie n’est pas réservée qu’au dépistage systématique. Certaines situations exigent d’écarter un cancer par un examen approfondi, parfois même chez les moins de 50 ans, notamment :

  • Saignement digestif visible (sang dans les selles, dans les vomissements)
  • Modification récente du transit (diarrhée persistante, constipation inhabituelle, alternance inexpliquée des deux)
  • Douleurs abdominales inexpliquées et persistantes
  • Perte de poids involontaire, manque d’appétit
  • Anémie sur prise de sang (carence en fer) sans autre cause trouvée
  • Antécédent personnel ou familial de polypes ou de cancers digestifs

Dans le contexte de la Seine-Saint-Denis, certains groupes sont particulièrement exposés : personnes ayant des difficultés avec la langue française, accès plus compliqué à un médecin traitant, histoire familiale peu connue ou non partagée, etc. Ces éléments compliquent parfois l’identification précoce des symptômes d’alerte. C’est pourquoi il importe de ne jamais ignorer ces signaux et de consulter tôt.

La coloscopie dans la prévention du cancer du côlon et du rectum

La coloscopie est l’examen de référence pour repérer et retirer les lésions précancéreuses du côlon. On estime qu’en France, près de 150 000 coloscopies de dépistage sont réalisées chaque année à la suite d’un test immunologique positif (source : Fondation ARC).

Ses bénéfices sont immédiats et prouvés :

  • Diminution du risque de décès par cancer colorectal jusqu’à 60% lorsqu’elle permet l’exérèse des polypes avant leur transformation en cancer
  • Possibilité de poser un diagnostic sur des lésions à un stade précoce, ce qui augmente le taux de guérison
  • Examen qui peut être thérapeutique : retrait de polypes, coagulation de petites lésions hémorragiques, biopsie ciblée

Cependant, elle reste un examen nécessitant une préparation, une anesthésie courte et un accompagnement : c’est pourquoi elle n’est pas proposée en première intention à toute la population, mais réservée à des indications claires.

L’endoscopie haute (fibroscopie) : qui, quand et pourquoi ?

La fibroscopie œso-gastro-duodénale est moins utilisée en dépistage de masse, mais elle est essentielle dans certaines situations :

  • Dysphagie (sensation de gêne à la déglutition, à la gorge ou à l’estomac)
  • Reflux gastro-œsophagien chronique avec aggravation ou symptômes alarmants (amaigrissement, anémie, vomissements persistants)
  • Ulcère à répétition
  • Antécédents familiaux de cancers gastriques, ou appartenant à des populations à risque accru (par exemple : personnes originaires d’Asie de l’Est ou du Maghreb, régions où la fréquence du cancer gastrique est plus élevée : source Inca)
  • Suivi de pathologies chroniques : maladie de Barrett, polypes gastriques, etc.

En Seine-Saint-Denis, où la population est cosmopolite, ces situations sont fréquentes. Les modes de vie (tabac, consommation de sel ou de féculents conservés), ainsi que le taux plus élevé d’infections à Helicobacter pylori (bactérie favorisant les cancers gastriques, très présente en Île-de-France : source Inserm), justifient en cas de symptômes d’alerte une discussion avec un médecin pour envisager une fibroscopie digestive.

Des populations à risque : qui doit être particulièrement vigilant ?

Certains groupes nécessitent une attention particulière, car le risque de cancer digestif est accru ou le diagnostic souvent plus tardif :

  • Personnes ayant des antécédents familiaux : cancers colorectaux précoces (avant 60 ans), polypes multiples, ou maladies génétiques (syndrome de Lynch, polypose familiale)
  • Personnes souffrant de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI, maladie de Crohn, rectocolite hémorragique), avec un suivi endoscopique rapproché
  • Personnes diabétiques de longue date ou atteintes d’obésité (facteurs aggravants les risques de cancer colorectal)
  • Certaines populations migrantes, avec un risque accru de cancer gastrique ou de retard de diagnostic

Dans ces cas précis, l’endoscopie n’est pas à proposer « au moindre doute », mais elle est discutée précocement avec un médecin traitant ou un spécialiste, même en dehors du cadre strict du dépistage organisé, pour bâtir un suivi personnalisé.

L’accès à l’endoscopie digestive en Seine-Saint-Denis : comment faire ?

Le territoire de la Seine-Saint-Denis dispose de plusieurs centres hospitaliers équipés (CHU Avicenne à Bobigny, Hôpital Delafontaine à Saint-Denis, Centre hospitalier Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois, etc.), ainsi que de cabinets de gastro-entérologie en ville. Il existe cependant parfois des délais ou des difficultés logistiques, notamment pour les personnes sans médecin traitant ou en situation de précarité.

Quelques pistes pour optimiser l’accès :

  • En cas de test de dépistage positif, le médecin traitant ou, à défaut, le centre de coordination du dépistage des cancers en Île-de-France (CRCDC-IDF) accompagne la prise de RDV pour réaliser rapidement la coloscopie.
  • Pour les personnes sans couverture sociale stable, la PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé) de chaque hôpital peut aiguiller et accompagner dans le parcours de soins.
  • Les centres municipaux de santé, présents dans la plupart des grandes villes du 93, peuvent également orienter et simplifier la prise de RDV avec un spécialiste.

Il existe aussi des actions de médiation santé et parfois des partenariats associatifs visant à lever les freins linguistiques ou culturels, pour que le passage à l’endoscopie ne représente pas une épreuve insurmontable.

Ce qu’il faut retenir pour se protéger et agir tôt

L’endoscopie digestive est un outil clé, mais elle intervient à un moment particulier du parcours de dépistage. Elle permet, en cas de test positif, de confirmer ou non la présence d’une anomalie ou d’un cancer, et parfois de traiter immédiatement de petites lésions. La majorité des cancers colorectaux dépistés à un stade précoce sont guérissables, et dans plus de 35% des cas lors des coloscopies réalisées suite à un test positif, on trouve un adénome ou un polype qui n’aurait pas été vu autrement (source Ligue Contre le Cancer, Fondation ARC).

En Seine-Saint-Denis, améliorer le recours à l’endoscopie digestive, c’est avant tout :

  • Accepter de participer au dépistage organisé, même sans symptômes
  • Être attentif aux signaux d’alerte digestifs et en parler à son médecin
  • Ne pas hésiter à demander conseil aux acteurs de proximité : centres municipaux de santé, associations de patients, médiateurs de santé
  • Mieux s’informer sur les structures d’accueil locales où des professionnels accompagnent dans les démarches

En dépassant la crainte de l’examen et en plaidant pour l’accès de tous à l’information, on augmente considérablement les chances de soigner, voire d’éviter certains cancers digestifs. Dans un département multiculturel tel que la Seine-Saint-Denis, cela passe aussi par le collectif et la solidarité.

Sources : Santé Publique France, INCa (Institut National du Cancer), Ligue Contre le Cancer, Fondation ARC, INSEE, Inserm.

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