Pourquoi s’intéresser aux cancers digestifs dans le 93 ?

Les cancers digestifs – côlon, rectum, estomac, foie, pancréas, œsophage… – représentent une part significative des cancers en France. Le cancer colorectal, par exemple, est le 3 cancer le plus fréquent, avec environ 47 000 nouveaux cas par an (INCa). Dans le département de la Seine-Saint-Denis, le retard au diagnostic reste préoccupant : une étude de Santé publique France montre que la mortalité y est majorée par rapport à la moyenne nationale, en raison de freins d'accès au dépistage (Santé Publique France).

La priorité, donc, est d’accompagner chaque personne sur ce territoire, pour lui permettre d’obtenir les examens nécessaires quand des facteurs de risque ou des symptômes sont présents. Le dépistage organisé et le dépistage individuel jouent alors des rôles complémentaires.

Qu’entend-on par « dépistage individuel » des cancers digestifs ?

Le dépistage individuel concerne les situations où une personne ne rentre pas dans le cadre d’un programme national de dépistage organisé (comme pour le cancer colorectal entre 50 et 74 ans), mais présente des risques accrus ou des symptômes évocateurs, ou souhaite une évaluation personnalisée. Ce dépistage se fait toujours après discussion avec un professionnel de santé (médecin traitant, gastro-entérologue…), qui oriente, selon le contexte, vers des examens spécifiques.

Quels sont les principaux examens pouvant être prescrits ?

Les examens prescrits dans le cadre d’un dépistage individuel dépendent de plusieurs éléments : âge, antécédents familiaux, facteurs de risque (maladies inflammatoires chroniques, habitudes toxiques…), et des symptômes évoqués.

  • Le test immunologique fécal (FIT)
  • La colonoscopie
  • La sigmoïdoscopie
  • La recherche de sang occulte dans les selles (RSOS) traditionnelle
  • L’échographie abdominale
  • Le scanner abdomino-pelvien
  • L’endoscopie digestive haute (fibroscopie œso-gastro-duodénale)
  • Le dosage de marqueurs tumoraux (dans des cas très spécifiques)

Test immunologique fécal (FIT) : le plus accessible

C’est le test recommandé en première intention quand il y a un risque intermédiaire (antécédents familiaux, ou symptômes digestifs discrets). Il recherche du sang invisible à l’œil nu dans les selles. Ce test est habituellement utilisé dans le dépistage organisé, mais il peut être prescrit individuellement dès 40 ans ou plus tôt, si antécédents familiaux (par exemple un parent au premier degré touché avant 60 ans), ou si présence de symptômes minimes (saignement rectal occasionnel, modification récente du transit inexpliquée, perte de poids). La réalisation est possible à domicile : simple, indolore, pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie.

À savoir : En Seine-Saint-Denis, le taux de retour des kits est en dessous de la moyenne nationale (38,6 % contre 52 % selon l’Assurance Maladie en 2022). Ce chiffre illustre la nécessité de soutenir l’information et d’outiller chaque habitant pour oser demander ce test ou l’utiliser correctement.

La colonoscopie : l’examen de référence pour visualiser tout le côlon

Si le test immunologique est positif, ou si la situation impose un exploration plus poussée (plusieurs membres touchés dans la famille, symptômes évocateurs, maladie inflammatoire chronique de l’intestin…), la colonoscopie s’impose. Cette exploration sous anesthésie permet de voir de près la muqueuse du côlon et de retirer d’éventuels polypes (lésions précancéreuses). Elle est réalisée par un gastro-entérologue, dans un établissement disposant d’un plateau technique adapté : en Seine-Saint-Denis, cela concerne une dizaine d’hôpitaux (Avicenne, Delafontaine…) et de cliniques.

Quelques chiffres :

Sigmoïdoscopie : plus ciblée mais moins prescrite en première intention

Cet examen explore la partie basse du côlon. Il n'est plus proposé systématiquement en France en première intention, mais peut rester utile localement en cas de difficulté d’accès à la colonoscopie complète, ou si les symptômes sont localisés au rectosigmoïde (hémorragie, suspicion de polype basal…).

Recherche de sang occulte dans les selles (RSOS) : l’ancien test

Avant le FIT, la guaiac était utilisée. On la retrouve encore parfois, notamment en cas de suspicion sur du matériel non adapté ou comme étape intermédiaire dans certains laboratoires. À noter que le test immunologique est plus sensible et plus spécifique, donc généralement préféré.

Endoscopie digestive haute (fibroscopie œso-gastro-duodénale)

Utile pour explorer directement l’œsophage, l’estomac et le début du duodénum en cas de :

  • Saignements d’origine haute
  • Douleurs gastriques persistantes, amaigrissement
  • Antécédent familial ou personnel de cancer gastrique
  • Brûlures chroniques ou vomissements répétés

En Seine-Saint-Denis, la filière d’accès est souvent hospitalière, mais certains cabinets de ville peuvent également la proposer, notamment à Saint-Denis et Montreuil. C’est un examen court, réalisé la plupart du temps sous anesthésie locale ou sédation brève.

Échographie abdominale et scanner

L’échographie ne dépiste pas le cancer colorectal mais peut aider en cas de suspicion de lésion sur le foie, le pancréas ou d’adénopathies. Le scanner abdomino-pelvien est demandé lorsque l’on craint une lésion profonde, une extension, ou pour surveiller certaines situations à risque (exemples : antécédents de polypes géants, maladie de Crohn sévère…).

Le dosage des marqueurs tumoraux : utilité limitée

Il existe des marqueurs (CEA, CA 19-9…) dosés dans le sang. Toutefois, ces marqueurs ne sont pas recommandés pour le dépistage chez les personnes sans symptômes, car ils peuvent être élevés pour d'autres raisons et manquer de sensibilité. Leur prescription vise surtout le suivi de patients déjà traités ou en cas de suspicion avancée, et non le dépistage initial (HAS).

Quand et pourquoi prescrire ces examens ?

Le professionnel de santé décide de prescrire un examen de dépistage individuel des cancers digestifs lorsque :

  • Il existe un antécédent familial de cancer digestif (parent du premier degré, surtout si survenu avant 60 ans).
  • La personne présente des symptômes digestifs persistants : sang dans les selles, modification récente du transit, douleurs abdominales inexpliquées, amaigrissement, etc.
  • Il y a des antécédents médicaux à risque : polypes multiples, maladie inflammatoire chronique de l’intestin (Crohn, rectocolite), polypose familiale connue.
  • Un dépistage organisé n’est pas accessible (âge en dehors des recommandations, antécédents d’ablation du côlon…).

La décision prend en compte le niveau de risque, l’histoire personnelle et familiale, ainsi que l’accessibilité aux examens (délais, proximité des structures, niveau de compréhension du patient).

Le parcours concret en Seine-Saint-Denis : accès, acteurs, spécificités

Où demander un dépistage dans le département ?

  • Médecin traitant : première porte d’entrée. Il évalue le risque et prescrit les examens nécessaires.
  • Centres de santé municipaux ou associatifs : fréquent à Aubervilliers, Saint-Denis, Montreuil… souvent plus accessibles que les cabinets privés.
  • Gastro-entérologues libéraux et hospitaliers : consultation nécessaire pour une colonoscopie, endoscopie, ou suivi spécialisé.
  • Laboratoires médicaux : certains distribuent les kits de test immunologique sur prescription médicale.

Délais et difficultés spécifiques dans le 93

  • Un rapport du Conseil départemental souligne que les délais d’obtention d’un rendez-vous pour une colonoscopie sont parfois supérieurs à 3 mois, en particulier dans les zones de forte densité urbaine (Sevran, Bobigny).
  • Des dispositifs de médiation en santé et des permanences hospitalières (ex : Hôpital Avicenne) existent pour accélérer les démarches pour les personnes éloignées du système de soins.
  • Des associations comme l’ADRIC ou la Ligue contre le cancer interviennent localement pour informer, accompagner dans la prise de RDV et lever les barrières linguistiques ou sociales.

Le manque de praticiens et la barrière de la langue restent deux difficultés majeures, justifiant la mobilisation d’interprètes ou de médiateurs de santé auprès de publics vulnérables.

Questions fréquentes sur le dépistage individuel dans le 93

  • Est-ce que tous les examens sont remboursés ?
    • Oui, dès lors qu’ils sont prescrits dans un cadre médicalement justifié. Le test immunologique et la colonoscopie bénéficient d’une prise en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD ou selon les recommandations.
  • À partir de quel âge dois-je m’inquiéter ou demander un dépistage ?
    • Le dépistage organisé du cancer colorectal commence à 50 ans. En cas d’antécédent familial ou de symptômes, parlez-en sans attendre avec votre médecin, parfois dès 40 ans, voire avant en cas de situation exceptionnelle.
  • La colonoscopie, est-ce douloureux ?
    • L’intervention se fait sous anesthésie ou sédation légère. Le nettoyage du côlon (préparation) est souvent contraignant, mais l’examen lui-même est indolore. Les complications sont rares.
  • Je n’ai pas de médecin traitant, comment faire ?
    • Les centres de santé municipaux, les permanences sans rendez-vous à l’hôpital et les dispositifs d’accompagnement social peuvent aider à initier le parcours. La Mutualité Française ou la CPAM 93 proposent également des listes de professionnels accessibles.

Une approche locale, des écarts à combler : vers quels progrès ?

L’accès au dépistage individuel des cancers digestifs dans le 93 est essentiel face à la surmorbidité observée dans ce département. Pourtant, le taux de participation reste encore trop faible, la peur des examens, les délais de prise en charge et la méfiance vis-à-vis du système de santé sont autant de freins à lever. Informer, expliquer les examens, rassurer sur les modalités et redonner la main aux habitants dans leur parcours de prévention : ce sont des clés pour inverser la tendance.

En débloquant la parole, en facilitant l’accès aux examens adaptés et en agissant localement, la Seine-Saint-Denis peut rattraper son retard. Rappelons-le : détecter un cancer digestif à un stade précoce, c’est augmenter les chances de guérison de 90 % (Ligue contre le cancer) et améliorer la qualité de vie. Savoir, c’est déjà agir.

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