Les coulisses du dépistage organisé en Seine-Saint-Denis

Le dépistage organisé des cancers s’appuie sur un maillage solide de professionnels de santé, tous mobilisés pour détecter au plus tôt les maladies potentiellement silencieuses. En Seine-Saint-Denis, département où l’accès aux soins peut être mis à rude épreuve, cette mobilisation prend un visage particulier. Comprendre qui fait quoi et comment ces acteurs s’engagent, c’est se donner les moyens de profiter pleinement d’une prévention efficace et accessible.

Le 93 est un territoire jeune et divers, mais il fait également face à des inégalités sociales et territoriales de santé. Le taux de participation au dépistage organisé y demeure inférieur à la moyenne nationale, en particulier pour le cancer du sein (47% des femmes concernées participaient au programme en 2021, contre 50% en France selon Santé Publique France). Pourtant, derrière chaque lettre d’invitation, chaque test remis ou chaque consultation d’annonce, ce sont des professionnels engagés qui œuvrent au quotidien.

Les professionnels de santé en première ligne du dépistage organisé

Le dépistage organisé ne se fait pas dans l’ombre de quelques laboratoires ou cabinets médicaux : c’est un projet collaboratif, coordonné et soutenu par une grande variété d’acteurs. Voici ceux qui, en Seine-Saint-Denis, y jouent un rôle central.

  • Médecins généralistes
  • Gynécologues et sages-femmes
  • Infirmiers et infirmières
  • Radiologues et manipulateurs radio
  • Pharmaciens
  • Centres de dépistage, réseaux sociaux et associatifs
  • Structures de gestion dédiées

Le médecin généraliste : pivot incontournable

Le médecin généraliste est, pour beaucoup, la première porte d’entrée dans le parcours de dépistage. Il connaît le contexte global de chaque patient et peut le sensibiliser lors d’une consultation pour tout autre motif. En Seine-Saint-Denis, ce rôle est d’autant plus essentiel qu’une partie de la population consulte peu ou tardivement.

  • Il informe sur les dépistages recommandés selon l’âge, les antécédents et les risques.
  • Il remet les tests, comme le test immunologique pour le cancer colorectal ;
  • Il oriente vers des examens complémentaires en cas d’anomalie ou de besoin ;
  • Il suit les résultats et accompagne (voire rassure) en cas de dépistage positif.

Selon Santé Publique France, près de 80% des tests de dépistage du cancer colorectal sont remis via les médecins traitants. Un chiffre qui illustre leur position centrale.

Gynécologues et sages-femmes : la prévention au cœur du suivi féminin

Pour le dépistage du cancer du col de l’utérus et du sein, les gynécologues jouent un rôle fondamental :

  • Elles réalisent les frottis et examens pelviens dans leurs cabinets ou dans les centres de PMI (protection maternelle et infantile) ;
  • Elles recommandent et prescrivent les mammographies pour les femmes de 50 à 74 ans ;
  • En cas de test positif ou d’anomalie, elles coordonnent la prise en charge.

Depuis l’arrêté du 23 février 2018, les sages-femmes peuvent elles aussi réaliser les examens de dépistage du col de l’utérus — une avancée essentielle en Seine-Saint-Denis où elles exercent aussi en cabinet libéral, en hôpital et au sein des centres de PMI.

Les infirmiers/infirmières : relais de proximité et acteurs de la prévention collective

Les infirmiers jouent un rôle croissant, notamment via l’éducation à la santé : interventions en collèges et lycées, participation à des campagnes locales d’information sur le dépistage, relais auprès des familles vivant en habitat collectif. Ils sont parfois mobilisés dans des unités mobiles qui sillonnent le département.

Dans certains cas, les infirmiers peuvent :

  • Expliquer le fonctionnement et l’utilité des tests de dépistage ;
  • Aider à leur réalisation quand le geste pose difficulté (personnes âgées, handicap…) ;
  • Faire le lien entre la communauté locale et le système de santé, notamment pour les publics éloignés.

Lors d’opérations “Aller Vers” pilotées par l’Assurance Maladie et l’ARS Île-de-France, les infirmiers sont souvent au contact direct des habitants, par exemple lors d’ateliers de dépistage dans les halls d’immeuble ou durant les événements en pied d’immeuble Portes Ouvertes.

Radiologues et manipulateurs radio : au cœur des examens techniques

Le dépistage du cancer du sein repose sur la mammographie, réalisée systématiquement par un radiologue (pour l’analyse) et un manipulateur radio (pour la réalisation technique) dans un centre d’imagerie médicale agréé.

  • La Seine-Saint-Denis compte une trentaine de centres accrédités pour la mammographie de dépistage selon l’INCa (Institut National du Cancer) ;
  • Le double-lecture systématique : Tous les clichés de dépistage organisé font l’objet d’une double lecture (deux radiologues différents), une opération réalisée dans 100% des cas pour sécuriser les diagnostics (source : réseaux de dépistage régional) ;
  • Une mobilisation lors d’opérations spéciales, comme « Octobre Rose ».

Le rôle du radiologue ne s’arrête pas à l’examen en lui-même : il peut aussi expliquer les résultats, orienter vers le circuit adapté et rassurer.

Les pharmaciens : des relais d’information de terrain

Depuis la pandémie de COVID-19, le rôle du pharmacien de proximité dans la prévention et le dépistage a été renforcé. En Seine-Saint-Denis, les pharmacies sont souvent identifiées comme des points relais d’information :

  • Affichage d’informations officielles sur les campagnes de dépistage ;
  • Mise à disposition de brochures, de kits d’auto-prélèvement pour le cancer colorectal (en phase de test, généralisation d’ici 2024 selon Assurance Maladie) ;
  • Orientation des usagers vers leur médecin traitant, un centre agréé ou un dispositif mobile.

Des expérimentations en Île-de-France visent aussi à faire du pharmacien « le premier contact » santé, notamment pour toucher les publics les plus éloignés du système de soin.

Structures et dispositifs territoriaux : un maillage spécifique au 93

Au-delà des professionnels « classiques » existent d’autres acteurs déterminants, spécifiques à la Seine-Saint-Denis :

  • Centres municipaux de santé : présents dans de nombreuses villes (Montreuil, La Courneuve, etc.), leur rôle va de la prévention à l’accompagnement dans le parcours de dépistage ;
  • Centres d’examen de santé (CES de l’Assurance Maladie) : ils proposent un check-up complet, souvent gratuit pour les populations les plus vulnérables, avec un volet dépistage ;
  • Médecins scolaires et PMI : pour relayer, auprès des familles et des jeunes femmes, l’importance de la vaccination et du dépistage du cancer du col, notamment via la vaccination HPV au collège (“Plan Cancer”) ;
  • Associations locales : associations de quartier, réseaux femmes, maisons de santé, souvent porteuses de projets « Aller Vers », essentiels pour lever les freins liés à la langue, à l’isolement social ou à la précarité.

Les structures de gestion et de coordination du dépistage organisé

L’efficacité du dépistage organisé repose sur un pilotage régional. En Seine-Saint-Denis, le Centre Régional de Coordination des Dépistages des Cancers (CRCDC) Île-de-France pilote et coordonne toutes les opérations :

  • Envoi des invitations personnalisées à la population cible (8 millions de courriers/an en Île-de-France) ;
  • Gestion des résultats et relances auprès des professionnels de santé ;
  • Animation de formations et d’informations à destination des professionnels de santé, des travailleurs sociaux et du grand public ;
  • Suivi de la qualité, analyse des résultats par territoire, pour mieux ajuster les messages (source : crcdc-idf.fr).

Ce travail de « l’ombre » est indispensable pour maintenir le caractère organisé, systématique et sécurisé du dépistage.

Zoom : l’importance du « Aller Vers » et l’innovation sociale

En Seine-Saint-Denis, où la précarité et la non-recours sont plus fréquents qu’ailleurs, le modèle « classique » du dépistage organisé trouve vite ses limites. Face à ce constat, des professionnels de santé, épaulés par des acteurs associatifs, se déplacent vers les habitants : stands mobiles, ateliers dans les centres sociaux, campagnes de communication multilingues.

Des actions « Aller vers » initiées par le Conseil départemental, l’ARS et l’Assurance Maladie, ont notamment permis d’atteindre des femmes qui n’avaient jamais participé aux dépistages, via des bus itinérants ou des actions dans les marchés et structures d’accueil du 93.

  • Entre 2022 et 2023, près de 8 000 personnes éloignées du soin ont bénéficié de ces actions dans le département (source : ARS Île-de-France).
  • La co-animation avec des médiateurs en santé ou des traducteurs est cruciale, dans un département où près d’un habitant sur trois est immigré (INSEE).

Perspectives : un défi collectif et évolutif

Le succès du dépistage organisé repose sur l’implication de tous ces acteurs : professionnels de santé, structures médico-sociales, associations, et intervenants de terrain. La Seine-Saint-Denis, laboratoire de l’innovation sociale, développe des réponses originales à ses enjeux spécifiques, mais les défis demeurent : accès aux soins, information multilingue, et lutte contre les inégalités territoriales et sociales.

À chaque étape du parcours, des professionnels engagés sont là pour guider, informer et accompagner les habitants. Mieux connaître qui intervient, à quel moment et comment, c’est déjà un premier pas pour franchir le cap du dépistage.

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